Qu’est que la spéléologie d’exploration ?

Le mot "explorateur" est à la mode. Les médias l’adorent. Et l’explorateur s’est confondu avec l’aventurier.
L’aventure, c’est la découverte, pour soi, de ses limites, se mettre au devant de situation imprévues (voire les provoquer). Mike Horn est l’archétype de l’Aventurier, par exemple. Mais son agence de com le dit "explorateur". Qu’explore-t-il ?

Ok, comme Christophe Colomb, Mike Horn a traversé l’atlantique sur un bateau à voile. Ok, comme Amundsen, il a rejoint le pôle nord. Mais Colomb et Amundsen défrichaient des chemins inconnus, jamais parcourus.
De même, un sportif qui va traverser un désert en courant, ou une forêt tropicale en solitaire va être appelé "explorateur".

Ce contresens est grandement lié à l’absence en langue française de mot qui recouvre le sens anglais de "explore".
En anglais, "explore" recouvre tous ces sens.
En plongée sous-marine, par exemple, aller sur le bord de la plage avec un masque et des bouteilles se dit "explore", alors qu’il n’y a pas de notion d’inconnu ou de recherche.

Spéléologie et science

L’explorateur tel que je le conçois est à l’étape pré-recherche scientifique. Le spéléologue d’exploration recherche de nouvelles grottes, les topographie, et fait des descriptions, ramène des échantillons, en tant que premier observateur du milieu.
Ce n’est pas un scientifique. Ce n’est pas un chercheur. Mais ensuite, il pourra aller à la rencontre des scientifiques en fonction des découvertes, et contribuer à l’avancement de la connaissance ou de la science.

Malgré cela, un spéléologue n’est pas (obligatoirement) un chercheur. Un chercheur travaille sur une théorie, développe une thèse, puis va à la recherche d’expériences, d’observations, d’analyses pour confirmer sa thèse.
Or, le spéléologue tel que je le conçois a la démarche inverse. Il trouve de nouvelles grottes (c’est là qu’il excelle), et ensuite se demande comment cette grotte particulière peut intéresser telle ou telle discipline, comment elle peut contribuer à répondre à telle ou telle question.

Ceci est la base de la grande incompréhension qu’il y a, en France, entre le milieu scientifique et les spéléologues. Le recherche scientifique institutionnelle française refuse de financer des expéditions spéléologiques : on ne peut prévoir à l’avance les retombées, ni les domaines d’application.
Puis une fois les grottes découvertes par les spéléologues, ceux-ci sont oubliés car "place aux vrais chercheurs" !

Mon combat

Je milite pour un meilleur rapport entre les spéléologues et les chercheurs, car, en tant que premier observateur du milieu, les spéléologues ont des connaissances, des compétences, et des apports de grande importance, et pas uniquement au niveau topographie des grottes.

Deux exemples :
Des archéologues faisaient des fouilles dans des grottes Maya depuis des années, sans contact avec des spéléologues. Ils faisaient topographies, fouilles. Une collaboration a débuté avec un groupe de spéléologues, qui, avec leur expérience et en regardant les cartes, ont pu inférer la présence de galeries bouchées que les archéologues n’avaient pas soupçonnées. Grâce à cela, de nouveaux sites d’exploration, plus préservés, ont pu être fouillés (ref : Cobb, Brady, The contribution of cavers to the development of Maya cave archaeology)

Second exemple, beaucoup plus personnel : j’ai découvert au Cameroun un gisement de guano de chauves-souris dans une grotte vraiment insoupçonnable. J’ai fait un carottage, transmis à un labo de recherche. Une analyse fine montre une séquence paléoclimatique continue sur plus de 25000 ans, ce qui est rarissime en Afrique centrale. Très intéressant.
Puis la chercheure a décidé de monter une mission pour trouver d’autres gisements de guano, ailleurs, dans d’autres grottes, sans spéléologue. La mission s’est soldé par un échec, car sans spéléologue, ils n’ont jamais trouvé les grottes.

Alors ok, le spéléologue est un peu rustre, il se traine dans la boue, et il est asocial. Mais il a tant à apporter !

Biography

Olivier Testa is not what could be called a customary engineer. Over the years, he has created and followed his own path. And a rather unconventional path it is, as he became a professional explorer and a seasoned speleologist.

Recently graduated from one of France most renown educational institutions, Ecole Centrale Paris, Olivier starts working in marketing at Procter and Gamble. He pursues in a consulting firm and in 2001 he becomes an associate engineer at INRIA, a public science and technology institution dedicated to computational sciences.

However his passion for caving takes over in 2005 and he decides then to focus his career on exploring the planet cave systems. Since then, he travels the world to discover new caves, study limestone formations, implement topographical surveying and cartography of those virgin territories.

Each year, Olivier creates and manages up to 5 expeditions.

In the explorations he leads, he gathers together scientists to work upon various aspects of karst systems and environment. For example, in Saudi Arabia, he partners with CNRS (National Center for Scientific Research) for archeological research. In Cameroon and Gabon, he collaborates with scientists from IRD (Institut de recherche pour le développement) as well as the University of Florida (USA) and the University of Rouen (France) to study biodiversity. His explorations also contribute to climate change research in Cameroun (University of Montpellier).
His various missions took him to explore China as well as Patagonia extreme karst systems, and he also works for the conservation and promotion of Haiti’s underground heritage.

In 2010, with Dr. Oslisly (IRD), he discovers in Gabon an odd crocodile species : orange saurian dwelling in caves. The movie about this expedition is frequently programmed in films festivals.

The same year, he also co-founded NOT Associés, an engineering firm specialized in the creation of and expertise on specific measuring equipment adapted to extreme conditions, be it in tropical, polar, subterranean or subaquatic environments.

Publications

  • Sous la jungle reste le mystère, Testa O., Oslisly R., Speleo Mag n°84, pp 36-38, déc 2013
  • Haïti : dans les terres évocatrices, Testa O., Speleo Mag n°83, pp 26-31, sept 2013
  • A la recherche du crocodile orange, Testa O., Oslisly R., Speleo Mag n°81, pp 28-31, march 2013
  • Les puits et qanats de Dumat al-Jandal (cover), Thomas M., Testa O., Courbon P., Spelunca n°129, pp 43-47, march 2013
  • Nouvelle piste de recherche à la grotte Nkwei (Cameroun), Testa O., Karstologia n°59, pp 55-57, 2012
  • Heart of Darkness, Testa O., Oslisly R., Gabon Magazine summer 2011, 6p., Gabon
  • Ayiti Toma 2009, expedition report, 2010, 49 p., Testa O.
  • Crocodiles des cavernes, Testa O. Oslisly R., Decaëns T., Shirley M., Sebag D., Spelunca n°124, pp 41-43, dec 2011
  • Les grottes sacrées des hautes terres de l’Ouest du Cameroun, Testa O., Spelunca n°116, 2011
  • Ultima Patagonia 2010 : Dix ans dans les karsts du Grand Sud, Marbach et al., Spelunca n°118, pp 9-24, juin 2010
  • Voyages en terre chinoise t3, 240p, Jean Bottazzi et al, 2010.
  • Ayiti Toma 2009, reconnaissance spéléologique, Testa O., Spéléo Magazine, n°68, pp8-10, déc. 2009
  • Speleological Projects 2007 and 2008 to Gabon (Central Africa) Frost T., Testa O., Berliner Höhlenkundliche Berichte (BHB) vol. 36, 68p. 2009
  • Voyages en terre chinoise t2, Spélunca Mémoire, 150p, 2006 Jean Bottazzi et al.